LE PSYCHOLOGUE CLINICIEN

Daniel Lagache (1903-1972), agrégé de philosophie, médecin psychiatre et psychanalyste, a créé la première licence de psychologie en 1947. Il définissait la psychologie clinique comme l’étude d’un individu « concret et complet » aux prises avec une situation également « concrète et complète ».

Il s’agit donc d’inscrire la psychologie clinique dans une perspective globale de l’individu envisagé aussi bien dans ce qu’il vit ici et maintenant que dans son histoire personnelle et transgénérationnelle.

La psychologie clinique porte un intérêt majeur à la notion de « santé psychique » : elle pose par conséquent la question des conditions nécessaires à tout être humain lui permettant de construire ou de reconstruire une identité, une vie personnelle, une créativité qui, pour différentes raisons, auraient été mises à mal.

En 1960, Daniel Lagache souligne que la « psychologie clinique s’est ouverte tardivement mais largement à l’influence de la psychanalyse, surtout dans l’étude de la personnalité (tests projectifs) ». Lagache D. (1960). La psychanalyse, « Que-sais-je ? », Paris, PUF.

Depuis, la théorie psychanalytique constitue le référent théorique majeur de la psychologie clinique. En effet, la psychanalyse est la seule discipline à prendre en considération la dimension inconsciente du fonctionnement de la psyché humaine. Elle permet par conséquent d’aller au-delà du visible et d’envisager l’individu dans sa globalité.

De façon traditionnelle, on considère que le psychologue clinicien peut être en capacité de comprendre ce qui se passe dans sa relation avec le patient (pour autant qu’il ait lui-même au moins commencé une psychanalyse personnelle) sans pour autant pouvoir en donner une interprétation contrairement au psychanalyste, qui lui, proposera des interprétations à son patient.

On peut à ce propos citer Sigmund Freud (1856-1939) qui, dans une lettre qu’il adresse à son ami Wilhelm Fliess (1858-1928) en 1899, écrit : « […] j’aperçois les relations avec le conflit, avec la vie, tout ce que j’aimerais appeler psychologie clinique. », Freud S. (1887-1902). La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1986.

Plus récemment, Didier Anzieu (1923-1999), professeur de psychologie et psychanalyste qui a tenu une place importante dans l’histoire du mouvement psychanalytique français, disait de la psychologie clinique en 1983 : « Elle est une psychologie individuelle et sociale, normale et pathologique ; elle concerne le nouveau-né, l’enfant, l’adolescent, l’homme mûr et enfin le mourant. Le psychologue clinicien remplit trois grandes fonctions : de diagnostic, de formation, d’expert apportant le point de vue du psychologue auprès d’autres spécialistes. Le psychologue clinicien reçoit une formation de base nécessaire mais non suffisante pour devenir éventuellement psychothérapeute, à charge pour lui d’acquérir ailleurs la solide expérience psychanalytique requise, personnelle et technique. » On ne saurait dire mieux !

L’évaluation psychologique

Par ailleurs, le psychologue clinicien a reçu pendant ses études une formation à l’évaluation psychologique aussi bien des enfants, des adolescents que des adultes. Un bilan complet procède :

  • D’un entretien clinique
  • De la passation :
    • De tests cognitifs (principalement une échelle d’intelligence de Wechsler),
    • D’épreuves projectives faisant l’objet d’une interprétation psychanalytique : Test du Rorschach et Thematic Apperception Test.
  • Un entretien clinique de restitution

Cette évaluation s’avère souvent très précieuse. Elle permet en effet une meilleure connaissance à la fois des capacités et difficultés cognitives du sujet d’une part, d’autre part une meilleure compréhension de son fonctionnement psychique. Elle doit par conséquent permettre une meilleure prise en charge psychothérapeutique du patient.

Seul le psychologue clinicien est formé et habilité à faire passer des épreuves projectives et à les interpréter. Là aussi, un parcours psychanalytique est conseillé pour une plus juste interprétation des résultats dans la mesure où seule une psychanalyse personnelle permet véritablement de comprendre et d’assimiler de l’intérieur les concepts psychanalytiques.