LE PSYCHIATRE

LA FILIÈRE SANTÉ MENTALE

Comme toute activité médicale, la psychiatrie s’exerce aussi bien dans :

Le secteur public :
Centres hospitaliers en soins généraux ou en institutions spécialisées : hôpitaux psychiatriques, Centres de Consultations Médico-Psychologiques (CMP).

Le secteur privé :
Dans des institutions privées : cliniques psychiatriques ou institutions d’intérêt collectif gérées par des associations,
Enfin, en cabinet libéral psychiatrique.

Ces deux filières, publique et privée sont présentes au Havre.

LA FORMATION DU PSYCHIATRE

Quel que soit le lieu envisagé, les psychiatres ont la même formation et, en principe, les mêmes compétences de base.

Le psychiatre suit d’abord les 6 années d’études communes à tous les médecins puis effectue une formation de 4 ans en psychiatrie en vue d’obtenir un DES (diplôme d’études spécialisées). La psychiatrie est par conséquent une spécialité de la médecine au même titre que peuvent l’être, par exemple, la dermatologie ou l’oto-rhino-laryngologie.  Parmi les nombreuses pratiques qui visent à soulager l’âme, le psychiatre est le seul à détenir le diplôme de médecin. Il est donc le seul à être habilité à prescrire un traitement médicamenteux pour soigner les troubles mentaux, les troubles du comportement, le stress, les addictions, etc.

Qu’il exerce en milieu hospitalier ou en cabinet libéral, le psychiatre procède selon une logique avant tout médicale, c’est-à-dire qu’il pose d’abord un diagnostic avant de choisir un mode de thérapie.

Lors d’une consultation, il est censé :

  1. Réaliser un ou plusieurs entretiens avec le patient ;
  2. Établir un diagnostic précis de la pathologie du patient ;
  3. Prescrire un traitement adapté à l’âge du patient : neuroleptiques, anxiolytiques, psychotropes, antidépresseurs… ;
  4. Choisir une méthode thérapeutique efficace de plus ou moins longue durée.

MÉDECIN PRESCRIPTEUR DE MÉDICAMENTS OU PSYCHOTHÉRAPEUTE ?

Comme pour nombre de mes collègues, ce dernier point (point n°4) me semble discutable. En effet, il apparaît compliqué, voire incompatible, d’être à la fois le prescripteur d’un traitement médicamenteux et le psychothérapeute du même patient. Il s’agit là de deux modes relationnels qui relèvent de registres différents.

L’expérience semble montrer que l’exercice de la psychiatrie pour une grande part et telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ne laisse pas de place à un véritable suivi psychothérapeutique. Les salles d’attente des psychiatres de ville sont remplies et le rôle de ces derniers se limite souvent à un celui de prescripteur de médicaments.

Nécessité d’un traitement médicamenteux

Un traitement médicamenteux peut s’avérer utile, voire nécessaire dans le cas de crises sévères, d’angoisses importantes, d’une grave dépression, etc. Ce traitement, aussi indispensable soit-il – du moins dans un premier temps – ne doit pas faire oublier qu’il agit sur les effets, sur les symptômes et non sur les causes des troubles psychiques, comportementaux ou somatiques.

 

PRATIQUE MÉDICALE OU PRATIQUE PSYCHOTHÉRAPEUTIQUE ?

Le psychiatre devrait donc choisir : poursuivre une activité médicale visant à traiter les troubles que présente son patient et l’orienter vers un psychothérapeute ou bien s’engager dans une pratique de psychothérapeute, pratique qui demande une formation personnelle bien éloignée de ce qu’il a appris lors de ces études de médecine.

Certains psychiatres ont choisi la voie de la psychothérapie et sont devenus psychanalystes. Ils ont alors abandonné leur ancienne pratique de psychiatre et adopté celle du psychanalyste : le patient est reçu à l’heure, durant ¾ d’heure au rythme d’au moins une séance par semaine. Dans la mesure où, ici, le psychanalyste est aussi médecin, une feuille de soin peut être délivrée au patient, ce qui permet à ceux qui ne pourraient pas payer le coût d’une psychothérapie d’être remboursé par la Sécurité Sociale et leur mutuelle, du moins en partie.

Mais ce cas de figure, celle du psychiatre qui se forme à la psychanalyse pour exercer exclusivement en tant que psychanalyste est aujourd’hui devenu rare.

Je pense nécessaire d’insister sur le fait qu’il n’est pas possible de concilier ces deux pratiques : celle du psychiatre suppose de pouvoir répondre aux urgences psychiatriques alors que celle du psychanalyste est d’assurer des suivis psychothérapeutiques en étant tenu à des horaires. Et s’il existe en effet des urgences psychiatriques, il n’existe pas d’urgences psychologiques.

 

POURSUIVRE SON ACTIVITÉ MÉDICALE ET ORIENTER VERS UN PSYCHOTHÉRAPEUTE

Mais le psychiatre peut aussi choisir de poursuivre son activité de psychiatre et, comme je l’indiquais plus haut, inviter ces patients à suivre une psychothérapie en l’orientant vers un psychothérapeute.

Mais l’expérience ici aussi semble montrer que les psychiatres n’orientent quasiment pas vers des psychothérapeutes. Quand je discute de cette situation avec des collègues psychothérapeutes, nous faisons le même constat.

Les psychiatres ignoreraient-ils le travail que fait un psychothérapeute ? Pensent-ils réellement être en capacité de permettre à leurs patients de pouvoir reprendre goût à la vie avec une à deux consultations de quelques minutes par mois assorties d’un renouvellement d’une ordonnance de médicaments dont la liste parfois s’allonge ? Quelle connaissance ont-ils de la psychothérapie ? Autant de questions qui méritent d’être posées quand on sait les salles d’attente remplies, des psychiatres qui ne prennent plus de nouveaux patients, des traitements médicamenteux pris par certaines personnes depuis 10, 20, parfois 30 ans.

 

Des rôle  distincts et complémentaires

Ce n’est pas un hasard si, de façon traditionnelle, on retrouve un vrai partage des rôles dans l’organisation des Centre de Consultations Médico-Psychologiques que ce soit pour enfants, adolescents ou pour adultes : le médecin psychiatre ou pédopsychiatre reçoit en première intention le patient, fait le point avec lui (ou ses parents dans le cas d’un enfant) dans le but de mettre en place la prise en charge la mieux adaptée pour lui. Par la suite, il s’occupe de son suivi médical ainsi que de l’organisation de l’ensemble de sa prise en charge dans le Centre aidé dans cette tâche par les cadres de santé du service tandis qu’un psychologue clinicien assure le suivi psychothérapeutique du patient. Les rôles ici sont bien distincts et tout à fait complémentaires.

 

QUELLE PLACE POUR LA PERSONNE EN SOUFFRANCE ?

La question de la prise en charge des psychothérapies par des professionnels formées à la psychothérapie est une vraie question. Question qui semble commencer à faire son chemin chez ceux qui se préoccupent d’améliorer la prise en charge des patients et permettre une baisse du recours aux antidépresseurs et aux anxiolytiques, voir l’article dans Le Monde du 23 avril 2018.

Tout cela semble de bonne augure. En effet, le moment de crise passé ou parfois même à l’occasion de cette crise, le patient trouvera un grand bénéfice à se tourner vers un psychothérapeute qui lui consacrera du temps pour tenter de comprendre avec lui ce qui lui est arrivé. C’est à ces conditions-là qu’il pourra retrouver et reprendre de façon plus heureuse le cours de sa vie.